J'ai replongé pour écrire ce billet dans celui de Jouéclub et j'ai notamment feuilleté une par une les pages "pouponner". Je n'y ai vu que des petites filles généralement habillées en rose une poupée à la main, un biberon dans l'autre. Sur une seule, un garçon apparaît et il tient un parapluie pour une fille à ses côtés qui tient une poussette !
Ce qui est étonnant c'est que ces pages n'ont pas évolué d'un centimètre depuis des années. Est-ce que finalement les hommes s'occupent toujours aussi peu des nouveaux-nés ou est-ce que les catalogues s'accrochent à un vieux schéma de répartition des rôles dans les familles ?
Je me souviens d'un Noël dans ma famille où une poussette avait été offerte à l'un des petits garçons. Le rejet par les parents - milieu social aisé et études supérieures je précise - avait été si fort (du type "mais non tu n'aimes pas jouer avec ça") que la poussette en question a finalement été récupérée par un autre enfant.
En même temps, ce n'est pas simple de s'extraire des normes. C'est finalement un casse-tête de répondre aux envies des enfants - et notamment de jouets très sexués (ma fille rêverait d'uun kit de ménage mais c'est un pas que je n'arrive pas à franchir) et aux nôtres qui les imaginons grandir dans des univers différents des pages des catalogues de jouets...
En fait je ne m'inquiète pas de voir passer ma fille beaucoup de temps à bercer et coucher ses poupées (quoique... elle y passe vraiment beaucoup de temps en ce moment !) mais j'aime qu'elle sache qu'elle a le droit de faire autre chose; de s'imaginer autrement.
Et en même temps (car rien n'est simple) il y a tout un pan de l'imaginaire garçon avec lequel j'ai beaucoup de mal : le plébiscite de la voiture, de la vitesse, de la guerre, de l'affrontement.
Je me souviens d'une interview de Pierre Bourdieu qui répondait à une journaliste sur ces questions de "caractère féminin" (dont il récusait l'aspect "naturel) que finalement, les traits de caractères souvent attribués aux femmes - la douceur, l'empathie, la diplomatie... - étaient des qualités qu'ils trouvait plus appréciables que ceux attribués aux hommes, soit l'autorité, le pouvoir...