Les locaux de l'entreprise où je bosse ne sont pas tout récents et dans chaque bureau, il y a une réparation en attente, parfois depuis plusieurs mois, en attente que celui qui est chargé des réparations ait le temps de s'en occuper. Malheureusement, il a toujours plus urgent à faire. En ce qui me concerne, ce n'est pas très grave, j'attends juste une cimaise qui me permettra d'accrocher un joli tableau. Mon voisin, lui, a moins de chance, son radiateur ne chauffe plus... depuis mi-décembre. Alors je laisse ma porte ouverte, pour partager un peu la chaleur.
Lundi matin dernier, ma collègue Valérie se plaint que son volet roulant ne descend plus or le soleil qui tape à l'est se reflète dans son écran d'ordinateur. Lundi vers 15h, le volet est réparé. Comme elle remercie vivement le monsieur des travaux et le félicite pour la rapidité de son intervention, celui-ci la regarde avec insistance des pieds à la tête et lui explique que ce qui l'a motivé pour intervenir dans son bureau, c'est quelle porte une jupe courte et un décoleté !
Valérie a vu rouge et m'en a parlé. Je lui dis que c'est du sexisme de base et qu'elle n'est pas obligée d'accepter ça. Elle me répond qu'elle ne dira rien pour cette fois mais qu'au prochain coup c'est son mari qui viendra lui casser la gueule. Aie !
Et me voilà en train d'expliquer à Valérie qu'elle fait fausse route et qu'en parlant ainsi elle fait le jeu d'un système machiste. Elle n'est pas la propriété d'un mari qui règlera ses comptes à celui qui s'en prend à son "objet". Quand on lui parle de la sorte, ce n'est pas son mari qui est atteint, mais bien elle. Libre à elle de s'habiller comme elle veut sans que ça autorise quiconque à la prendre pour un objet sexuel. Et surtout, elle est en droit et en capacité d'intervenir elle-même et d'empêcher ce genre de propos.
Cette anecdote est assez classique et elle me fait penser à la question de la mixité du combat féministe. On rencontre encore des gens qui pensent que les féministes sont des femmes qui ont un compte à régler avec les hommes. Et d'autres qui pensent que les femmes sont "naturellement" portées au féminisme. Bien sûr, il n'en est rien. De la même manière que toutes les femmes ne sont pas féministes (Valérie ne l'est pas), les hommes peuvent l'être dès lors qu'ils refusent le système machiste. Et ils ont tout intérêt à le refuser puisque les stéréotypes sexistes sont tout aussi enfermants pour eux que pour les femmes. Les homosexuels ont été les premiers (parmi les hommes) à dénoncer des représentations masculines dans lesquelles ils ne se reconnaissaient pas, mais aussi les pères qui veulent obtenir la garde d'un enfant lors d'un divorce. C'est ainsi que certains hommes ont compris tout l'intérêt d'un combat féministe qui les libère d'un modèle auquel ils n'ont pas envie de se conformer. Et à l'inverse, de nombreuses femmes se plient à ce modèle, s'y plaisent et le défendent bec et ongle. Non, le féminisme n'est pas une affaire de femme. Non, il n'a pas de sexe.